Comme prévu, le matin à l’aube du premier jour de mon visa j’étais à la frontière Russe. Seulement deux heures et demi plus tard, j’étais entrée à nouveau en Russie, sans problème. L’augure était bonne. Elle ne devait malheureusement pas durer. Quelques heures plus tard, je me suis arrêtée dans une petite ville histoire de faire le plein et prendre quelques kopeks à un distributeur. Comme souvent des jeunes de 14 à 18 ans sont venus autours de ma moto. Du moins presque. L’un d’eux avait aussi une moto sympa. L’instant d’après, il filait sur sa moto avec mon sac avant contenant tout mon électronique et surtout la plupart des images réalisées ces trois derniers mois. L’autre complice et le surveillant de l’ensemble un peu en retrait on aussi disparu. Je cours après, mais c’est déjà trop tard. Je suis effondrée. Sans trop y croire, direction la police. J’ai surtout l’habitude des policiers demandant des bakchichs ici en Russie, et souvent plutôt élevé. J’ai déjà passé des heures à discuter pour refuser de payé 1000 ou 2000 euros… Sans jamais rien payer au final. Mais c’est long parfois. Et là, j’ai peur que cela ne recommence. Personne ne semble vraiment pressé de m’aider, de prendre une déposition ou autre. Les choses se font à la russe, tranquillement. Mais je suis finalement conduite au commissaire qui, trouve finalement un de ses hommes parlant anglais. Mon russe débutant mélangé à mon énervement n’était pas trop compréhensible !
Finalement, nous nous expliquons. Cela fait déjà des heures que je suis là. Mais les policiers s’énervent tout de même. Une étrangères attaquée en plein jour dans leur ville, ça la fout tout de même mal. On m’annonce qu’en général les affaires sont vite revendues. Sauf qu’il ne s’agit pas d’un miroir ou d’un tube de rouge à lèvre qui constitue souvent leurs butins. Le matériel risque d’être un peu plus dur à écouler. On me montre des photos de jeunes réputés récidivistes. Pas évident de reconnaître quelqu’un. Surtout que je ne veux pas me tromper. Ce qu’il m’annonce vouloir faire s’ils les attrapent ne m’incite pas à donner une fausse personne. Mais j’en reconnais finalement un. Peu de temps après, ils l’on retrouvé et arrêté. Il donne rapidement ses complices. Mais je ne vois toujours pas revenir de sac. Finalement, à 23h, on m’amène le sac. Inventaire fait, il ne manque… que le miroir de mon rétroviseur cassé. je suis épuisée. Mais revoir mon sac est tout de même une sacrée nouvelle ! Le commissaire me prête son bureau pour dormir. Il aura été gentil de bout en bout. De quoi se réconcilier avec les policiers russes.
Le lendemain je voudrais partir, mais la procédure commence vraiment. Une journée pour inventorier mon matériel, déterminer sa valeur ; voir une avocate qui me représentera à un procès où je ne serai pas ; répondre à la télévision régionale qui a fait de cette affaire l’affaire criminelle de la semaine.
On me dit que je dois choisir pour le tribunal la peine demandée. On me propose, pour le plus âgé multirécidiviste soit 2 ans, soit 4 ans de prison ferme. Je signal que je trouve cela un peu beaucoup mais on me répond que cela n’est pas la première fois et que là c’est la fois de trop. Je prend 2 ans. On me montre aussi des photos du camps où ils seront envoyés sans doute. Là certain passe de qq semaines à plusieurs années. Il y a plein d’activité du genre escalade sur les arbres, jeux de balle collectif, apprendre à monter et démonter une kalachnikov… Voilà voilà. Chez nous aussi les prisons sont formatrices en criminalité. Au moins là c’est plus claire.
Ce n’est qu’à sept heures du soir que je suis « libérée » et que je peu repartir pour quelques kilomètres jusqu’à la capitale régionale.
Au final j’y perd tout de même. J’ai mes affaires, mais j’ai perdu 2 jours sur les 10 que j’avais pour rejoindre Vladivostok. Mission devenue presque impossible. Ma moto est vaillante mais elle a tout de même ses limites . Et il n’est pas certain que l’officier des douanes soit aussi sympa pour me laisser tout de même sortir hors visa. D’autant qu’il n’y aura plus de ferry. Je crains déjà les ennuis ou le bakchich… Mais une chose à la fois. Dodo. Et demain, rouler. Autant que possible. Nous verrons bien alors… Une expédition est d’espoirs et d’efforts, de joies et de quelques doutes. Cela n’enlève pas la passion.
As planned I am at the Russian border at the dawn of the first day of my visa. Two and a half hours later and without hassle I am back in Russia. It feels like a good omen. I am wrong though. A few hours later I stop in a little town to fill up and get a few kopeks from an ATM. As usual a small crowd of teenagers ranging 14 to 18 crowded around my bike. One also had a cool bike. A wink later he was off on his bike with my bag which held all my electronic equipment. His other buddy who kept watch also disappeared. I run after them but it’stoo late. Without much hope I turnto the police. I’m more used to them asking for bakchichs here, sometimes rather hefty ones. I have spent hours refusing to pay 1000 or 2000 euros… arguing until they give up. But it can take so much time. Now I fear it will be the same tune. No-one seems in a hurry to help and take my complaint. Things are done the Russian easy going way. I am finally presented to the inspector who brings over of his men who speaks English. My "Russian for beginners" added to great stress doesn’t help them to understand me.
At last we can talk. I have been at the station for hours already. But he policemen get annoyed. Having a foreigner attacked in their town is rather bad. They tell me that usually things get sold quickly. Except that in this case we are not talking the usual loot (a hand mirror or a lipstick) that can be easily transacted. The equipment will prove harder to sell. What they intend to do to these guys when they find them doesn’t entice me to accuse the wrong ones but I do finally recognize one. They soon find and arrest him and he spits out the names of his accomplices fairly quickly. No bag though. At 23:00 they bring it back to me. After inspection, the only thing missing is… the glass of my broken side-mirror. I am worn out but getting my bag back is no small thing! The inspector lends me his office for me to sleep in. He has been thoroughly nice throughout all this. Someone to reconcile me with the Russian police.
I want to leave the following day but procedure kicks in. I spend a day to make an inventory of all my gear, estimate its value, see a lawyer who will represent me at a trial that I won’t attend and am interviewed by the local TV that intends to present this event as the great crime news of the week.
They tell me I must decide on the sentence the tribunal should give. For the eldest who has a record of repeated offences they suggest 2 to 4 years in jail. I think it is a bit much but they insist saying it is not the first time and that this time he has gone too far. I decide on 2 years. They show me photos of the camp where they probably will be sent. Some spend from a few weeks to several years there. There are all sorts of activities… Tree climbing, ball games, learning to dismantle a kalashnikov and putting it back together again… Interesting… In France, jail is also a great school for crime but here they don’t pretend anything else.
I am "freed" at 19:00 and can drive a few kilometres away to the county’s main town.
In the end, although I got my stuff back I still have lost two days. Two days less on the ten days I need to reach Vladivostok. It seems almost impossible to do. My bike is willing but she has her limits. I can’t be sure either that they’ll let me out of the country with an outdated visa at the customs. The ferry will have gone too. It already feels like trouble or bakchich… One thing at a time though. Now sleep, tomorrow the road. As far as we can go. We’ll see then… An expedition is filled with hope and full of efforts, made of joys and a few uncertainties. Passion remains, though.

